
Chères Africaines, chers Africains,
Il est temps de bien voter. Je réalise qu’il est facile de rallier des gens à une cause, de récolter des voix grâce à la célébrité, au réseau ou aux affiliations, et qu’il est infiniment plus difficile d’élire un bon dirigeant. Alors arrêtons d’avaler tout ce qu’on nous sert dans l’assiette, et exigeons de la transparence.
Car si l’Afrique n’avance pas, ce n’est pas seulement à cause du poids de ces chaînes coloniales que sont le CFA ou l’image de sous-humain collée à la prétendue race noire. C’est aussi, et surtout, à cause du manque de transparence. Où vont les recettes des minerais ? Que valent ces chiffres du PIB si la population reste pauvre, peu éduquée et privée d’infrastructures, alors que le sous-sol est riche ? Nos peuples sont pauvres parce qu’on a toujours valorisé la ressource minière plus que la ressource humaine.
Ce que quatre ans permettent de montrer
Depuis le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré place le développement endogène, la souveraineté nationale et la transformation de la société burkinabè au cœur de son programme. Je ne dis pas que tout est réglé, ni que tout est facile. Je dis qu’il a commencé, et que c’est ce qui compte. En quatre ans, il nous prouve que beaucoup de gens nous ont menti en nous répétant que rien n’était possible.
Regardons d’abord les ressources minières, car c’est là que se joue la souveraineté économique. Le Burkina Faso est un pays enclavé, mais son sous-sol est riche : zinc, manganèse, argent, diamants, phosphates, calcaire, bauxite, cuivre, nickel, vanadium, et surtout de l’or. En 2024, les industries extractives représentaient environ 69,6 % des exportations, 15,1 % du PIB et 15,3 % des recettes publiques. Pourtant, elles ne comptaient que pour 0,70 % de l’emploi. Voilà le schéma colonial en une phrase : beaucoup de richesses extraites, très peu de retombées pour le peuple.
C’est ce schéma que le gouvernement s’est attaqué à changer, par trois moyens :
- Le nouveau Code minier de 2024. La participation gratuite minimale de l’État dans les sociétés minières passe de 10 % à 15 %, certaines redevances liées au prix de l’or augmentent et des avantages fiscaux sont réduits.
- La reprise en main des mines. Après la prise de contrôle des mines de Boungou et de Wahgnion en 2024, l’État capte davantage de bénéfices une fois déduits les coûts d’exploitation, d’investissement et les dettes. Et le 28 septembre 2026, le pays a inauguré sa première raffinerie d’or, Raffinor-BF : transformer sur place, c’est garder la valeur ajoutée chez nous.
- L’encadrement de l’or artisanal. La délivrance de permis d’exportation pour l’or artisanal a été suspendue afin de réorganiser sa commercialisation et de mieux canaliser les flux vers les circuits nationaux.
Entre 2021 et 2023, les recettes sont passées de 371 à 500,9 milliards de FCFA, soit environ 35 % de hausse. Soyons honnêtes : ce chiffre n’est pas la mesure de l’effet personnel de Traoré, car il mélange évolution du marché, production, fiscalité et recouvrement. Mais la politique menée a bien contribué à accroître les recettes publiques, et c’est ce que je retiens.
Valoriser la ressource humaine
Un pays ne se transforme pas seulement avec de l’or, mais avec des gens formés, soignés et fiers. Là aussi, des chantiers ont été lancés.
Côté éducation, les mesures de rattrapage des retards universitaires ont permis de normaliser les années académiques dans 92,52 % des filières des établissements publics en 2025. Plus de 600 structures éducatives ont rouvert dans les zones touchées par l’insécurité. L’Initiative présidentielle pour une éducation de qualité pour tous (IPEG) vise à former des personnes capables non seulement d’obtenir un diplôme, mais aussi de produire, d’innover et de participer à l’économie du pays : moderniser les infrastructures scolaires, améliorer la formation continue des enseignants, mieux encadrer la délivrance des diplômes.
Côté santé, l’Initiative présidentielle pour la santé (IPS) cherche à renforcer les infrastructures sanitaires, les équipements et la disponibilité du personnel qualifié, avec la formation et le recrutement de spécialistes.
Il y a aussi la formation au civisme et au patriotisme, pour instaurer le sens des responsabilités, la discipline, la solidarité et la cohésion nationale, et surtout la création de l’Institut des peuples noirs – Farafina. Cette initiative donne une place institutionnelle à la recherche, à la mémoire historique, aux savoirs endogènes et à la renaissance culturelle africaine. Pour moi qui écris sur la décolonisation des esprits, ce point n’est pas anodin : on ne se libère pas seulement sur le plan économique, on se libère aussi dans la tête.
La souveraineté, et son prix
En quatre ans, Traoré a défendu une ligne souverainiste et panafricaniste. Il a renforcé ses liens avec la Russie, pris ses distances avec ses partenaires occidentaux, la France en tête, et s’est rapproché du Mali et du Niger au sein de l’AES, ce qui consolide les alliances diplomatiques et militaires. Cette orientation lui a valu bien des foudres, parce qu’il a remis en cause des relations que d’autres jugeaient intouchables.
Et il le fait dans un contexte qui n’a rien de confortable. Le Burkina Faso fait face à une insurrection armée venue du Sahel central, en particulier du Mali et du Niger voisins. Les groupes armés, dont le JNIM affilié à Al-Qaïda, mais aussi l’État islamique, mènent des attaques, tendent des embuscades, assiègent des localités et cherchent à contrôler les axes routiers et des zones rurales. Le nord et l’est sont les plus touchés, et les violences se sont intensifiées dans l’ouest. Le gouvernement a repris quelques territoires, mais soyons lucides : les attaques, les massacres de civils et les déplacements de population restent des problèmes majeurs.
Et c’est précisément pour ça que l’exemple compte. Personne ne prétend que c’est simple. Mais si on attend la paix parfaite et les conditions idéales pour agir, on n’agira jamais.

Un nouvel âge de dirigeants
Dans quelques années, la migration va changer de direction. Au lieu d’aller vers des pays dits « développés », on ira vers des pays aujourd’hui dits « en voie de développement ». Et là, c’est quitte ou double. Soit nous aurons développé nos pays en gardant le contrôle de nos ressources, et tant mieux. Soit nous resterons dans le flou, et ceux qui viendront s’installer dirigeront sans intégration locale : une colonisation 2.0 sous d’autres formes. Soit nous décidons de virer ce qui ne fonctionne pas, quitte à en payer le prix.
On ne peut plus voter pour des dirigeants qui ne sont pas prêts à se sacrifier pour leur peuple. Trop de gens portent le titre de « Président » sans savoir diriger, avec de beaux discours et un jargon bien rodé pour qu’on n’y voie que du feu. À ceux-là, qui sont passifs, qui ne font pas grand-chose et qui s’en moquent, l’exemple burkinabè dit une chose simple : il est possible de commencer. Ces dirigeants nous freinent, ils freinent l’Afrique, et l’Afrique a besoin d’une nouvelle génération de dirigeants.
Pour conclure
Même si le capitaine Traoré a pris le pouvoir par un coup d’État, et non par les urnes, l’exemple vaut par les résultats et l’orientation, pas par le mode d’accès au pouvoir., mes propos pourrait sembler contradictoires, mais Ce que nous apprend Ibrahim Traoré, c’est qu’on peut développer un pays si on le veut vraiment, même sous contraintes, même en temps de guerre, même quand l’Occident nous craint. Il faut de la volonté et du courage. Ça ne doit pas être facile, mais il faut commencer quelque part.